Éric Chrétien, maréchal-ferrant

Entrevue de mars 2005 - 4e partie
Le ferrage à chaud
La pose des clous

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Cette chronique de maréchalerie est présentée sous forme de questions-réponses
à la suite d’une entrevue faite avec Éric Chrétien, maréchal-ferrant, par Myriam Tessier.

 

MT : Bonjour Éric.

La maréchalerie a encore bien des secrets pour certains propriétaires de chevaux. On entend souvent parler de ferrage à chaud. Pourquoi ferrer à chaud, c’est quoi la différence entre ferrer à chaud et ferrer à froid ?

ÉC : Je pense que ferrer à chaud apporte des avantages autant au maréchal-ferrant qu’au cheval et à son pied.

Pour le maréchal, quand le fer est chaud (rouge), il est plus facile de modifier le fer pour lui donner la même forme que le pied. Donc meilleure forme du fer et moins de coups de marteaux apparents. Un autre avantage aussi, est d’aider à encastrer les pinçons (clips) dans le sabot.

Pour le confort du cheval, afin que le fer et le pied se « marient » bien ensemble, s’il y a des imperfections dans le niveau du pied, quand on pose le fer à chaud, on voit sur le pied où le fer appuie et où il n’appuie pas. On peut donc modifier le niveau du pied en le râpant. Sur le fer, il se trace une ligne où finit le sabot donc si le fer est trop large à cet endroit, ça se voit et on peut ainsi le modifier pour obtenir la « perfection ».

Pour le sabot, quand on porte le fer chaud sur le pied, il se produit un genre de cire qui scelle tous les vieux trous de clous avec l’avantage d’empêcher l’infiltration d’eau dans ces trous qui peuvent avoir comme conséquence s’ils ne sont pas bouchés de faire pourrir la ligne blanche. Un autre avantage de ce scellage est d’aider à prévenir l’éclatement de la muraille ou la formation de fissures et de seimes.

MT : Je fréquente des écuries de pension et j’entends des maréchaux-ferrants qui disent que ferrer à chaud ne sert à rien et que ça fait peur aux chevaux. Que penses-tu de ça ?

ÉC : Je pense que même si ça prend un peu plus de temps pour ferrer à chaud, quand on constate tout le bienfait que ça donne, on se rend compte que ça vaut la peine.

Pour ce qui est de faire peur aux chevaux, il faut agir de la bonne manière et ils s’habituent à la fumée, au bruit de la forge et à l’odeur. Et en plus, ça habitue le cheval à vivre différentes expériences et diminue ainsi beaucoup de ses peurs.

MT : Pourquoi on ne place pas de clous vers l’arrière, plus près des talons ?

ÉC : Les clous ne devraient jamais dépasser la partie la plus large du pied parce que les talons font un mouvement de va-et-vient et à chaque pas les talons vont de l’intérieur vers l’extérieur, ce qui provoque l’expansion du pied. Si ce mouvement est empêché par des clous, le pied va se resserrer. Pour bien voir ce mouvement, il suffit d’examiner un fer usé et constater l’endroit de l’usure.

MT : C’est pourquoi on pose juste 6 clous alors ?

ÉC : Oui. Six clous bien cloués dans la ligne blanche et non juste dans la muraille. Comme je dis souvent, « Si ça ne tient pas avec 6, ça ne tiendra pas plus avec 10 ! ». Pour garder la

corne plus solide, il faut y mettre le moins de clous. C’est pourquoi il est important qu’ils soient cloués dans la ligne blanche.

MT : Je pense aussi au coût, est-ce que c’est plus cher un ferrage à chaud qu’à froid ?

ÉC : C’est un peu plus cher mais je crois que c’est un investissement et non une dépense, Je m’explique. Si on perd un fer, il faut faire revenir le maréchal, payer un autre fer et un ferrage. Comme un fer posé à chaud est plus solide, il

tombe moins souvent. C’est pourquoi au bout de l’année ça devient une économie d’argent et de temps et évidemment, moins de corne cassée et de randonnées manquées !

MT : Je réalise à quel point ferrage et boiteries sont très liés.

ÉC : Ce qu’il faut savoir, c’est que souvent un cheval va se mettre à boiter vers 10 ou 15 ans parce qu’il a été mal ferré plus jeune.

En résumé, un ferrage à chaud donne une meilleure adhésion, un plus beau ferrage et une longévité accrue au ferrage et aux sabots, et un confort au cheval.

MT : Merci Éric. Y aura-t-il une prochaine fois ?

ÉC : Pour la suite, je propose que vos lecteurs posent des questions et je répondrai aux questions qui suscitent le plus d’intérêt. Les questions pourraient être acheminées à votre secrétariat qui pourra par la suite me les faire parvenir.

 

À la prochaine !

 

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